Je vis avec un embouteillage mental qui envahit tout mon espace de pensée

Une idée imprévue peut parfois monopoliser tout l’espace mental, provoquer une forte détresse émotionnelle et empêcher toute autre activité jusqu’à ce que l’évènement soit passé.

Pendant longtemps, je pensais simplement être incapable de gérer certaines situations. Avec le temps, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un manque de volonté, mais d’un fonctionnement mental qui transforme parfois une simple idée en véritable tempête intérieure.

Quand une idée arrive, elle prend tout l’espace mental. Au quotidien, j’ai pourtant toujours dix mille trucs en tête. Mon fonctionnement cognitif repose sur un équilibre entre plusieurs informations qui se font la guerre, une planification et une liste déjà organisées. Lorsqu’une nouvelle demande surgit, surtout si elle interrompt une activité ou vient bousculer ce que j’avais déjà anticipé, je la perçois comme une agression physique et verbale.

À cet instant, une véritable réaction émotionnelle et physiologique se met en place. Je ressens de la colère, de la panique, de la peur et une grosse boule au ventre qui grossit progressivement. Elle finit par m’empêcher de respirer. C’est comme le trac et une crise de panique, sauf qu’en plus le cerveau ne marche plus. Toute ma charge attentionnelle se focalise sur cet embouteillage mental. Je ne parviens plus à traiter le reste de mon environnement ni à mobiliser mes capacités exécutives.

Puis je ne peux plus rien faire. Je deviens amorphe, car je ne pense plus qu’au truc que vous avez mis dans ma tête. J’ai beau savoir que j’ai encore deux ou trois heures devant moi, je ne peux plus rien faire sans devoir me forcer. Tout le reste devient inaccessible, comme si cette pensée monopolisait entièrement mon espace mental.

Cette grosse boule au ventre reste présente toute la journée, jusqu’à l’évènement. L’attente est souvent plus éprouvante que l’évènement lui-même. Mon organisme demeure dans un état de tension permanente, comme s’il restait en alerte sans parvenir à redescendre. Puis, une fois l’évènement passé, je suis crevé, comme si j’avais couru un marathon. Toute cette mobilisation mentale et émotionnelle laisse une fatigue profonde, bien disproportionnée par rapport à ce qui s’est réellement passé. 

Tout cela peut se produire pour un rendez-vous, un week-end entre amis ou simplement pour aller faire une course imprévue. Oui, l’imprévu fait parfois moins mal. En revanche, lorsqu’il survient bien trop tôt, il vient percuter toute l’organisation mentale que j’avais construite. Il bouscule mes repères, désorganise ma planification et finit par me bousiller. Ce n’est pourtant qu’une idée, mais elle envahit tout l’espace mental jusqu’à éclipser le reste, comme si mon cerveau ne parvenait plus à hiérarchiser les informations.

Je me bats depuis gamin avec tout cela. Ma solution était de contourner les sentiments, de mettre un masque filtrant tout… Mais je finis toujours KO. Aujourd’hui, la nouvelle mode serait peut-être de dire que je suis TDAH, TSA ou les deux. Honnêtement, je n’en sais rien. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il m’a fallu des années pour mettre des mots sur mes sensations. Longtemps, je les ai simplement subies, sans comprendre pourquoi mon cerveau, mon corps et mes émotions réagissaient avec une telle intensité à des situations que d’autres semblaient traverser sans difficulté.

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